
Dans son jardin secret, il a planté du lilas, du lys et des roses et les a arrosés avec ses larmes. Sans espoir ni armes, il s’est battu seul au milieu des cauchemars. Jusqu’au jour où il a eu de la visite sauf que ce n’est pas lui le docteur mais le patient. Le jour où elle est venue, la foudre a frappé deux fois au même endroit, deux sans trois. Elle a frappé la porte de son cœur et à la porte de son jardin. Elle est entré par effraction dans son jardin enfermé, et y a ramené avec elle un peu de tout : du courant d’air dans son esprit, du courant dans l’air à travers ses cheveux, de la lumière du jour dans ses yeux, mais aussi les vices et les cieux, les vice-cieux et les vieux cieux, ainsi que les ciels bleus, la chaleur du soleil dans son cœur, la plaine de miel dans sa salive, la lune pleine en son visage et les étoiles qu’il passera mille et une nuits à les compter, lui qui ne savait pas qu’à chaque fois ou il en finissait avec elles, quelques unes seraient déjà bien filantes. C’est un des jardins suspendus, celui où on se trouve quand on est perdu et on se perd une fois retrouvés, là où les fleurs éphémères s’entretuent pour survivre, survivre pour passer de l’autre côté des mains, elles qui n’existent que pour Elle. Les fleurs du mal, bien qu’elles se périssent par le temps, elles vivent pour revivre leur résurrection grâce à Ses doigts du bien. Dans ce jardin tropical, il vit chaque jour, le jour au jour, son voyage exotique vers sa mer morte qu’il devrait boire un jour ou l’autre pour pouvoir, juste La revoir. Rien à avoir, avec sa vie de matrice, bourrée de préjugées, -un printemps est tout sauf son automne-, monotone, grise, toujours mal-comprise, écrite par une langue morte, « déceptionniste » et jugée trop réaliste.
Les seules choses normales dans ce jardin paranormal sont la verdure et les vertus. Le reste ce sont quatre murs hauts avec des secrets gravées au-dessus, bâtis avec des fragments de souvenirs d’adolescence collés entres elles par une mémoire juvénile. Le passé passé, mais bâtir le future pire par pire, de mieux en mieux, c’est un jeu d’enfant, l’enfant des dieux, le puzzle d’une vie ou mélange de déjà-vu, de rêves et de déceptions. Le plafond, c’est le septième ciel, jusque là inexploré…ceux qui y sont déjà allés sont soit passé au paradis d’Eve par sa huitième porte, soit tombés de haut, mort-vivants, déçus par une première-fois qui a effacé l’avant-première et qui tuera le charme de ses suivantes.
Lui, « Phil », n’est ni roumi ni soufi mais il l’aime. “Il est frappé contre Sophie Marteau”, il la veut coûte que coûte, croûte par croûte. Il aime la fille plus que la vie, la fille qui n’appartient à personne et sa vie qui appartient à lui seul. Sophie c’est la fille et la vie. La déesse immortelle, une femme mortelle. Sophie est le sophisme dans tous ses états. C’est un ensemble de mystifications et surtout de sophistication. Sophistiquée comme toutes, sophiste comme personne. C’est ce qu’il y a de moins réel dans l’irréel et de plus irréel dans le réel. Une maitresse mais aussi une bonne enseignante. Aimer, ça fait oublier le repos, chasser le sommeil, invite le bonheur occasionnellement et apprend à penser. Penser à quelqu’un ça donné appétit de penser à tout. Sophie elle-même, par son égo existentiel et toute son existence égoïste n’est pas aussi importante que la façon avec laquelle on doit l’aimer. Et la meilleure façon de le faire, d’aimer une Sophie, est celle qu’a trouvée Phil : c’est celle qui sort du quotidien et rompe avec l’ordinaire et fracasse la routine tout en coupant sa route comme un gâteau d’anniversaire 0.